AVIS TDR DE QUELQUES CONFRÈRES

Thierry LEPETZ à DOLE

Personnellement, depuis que j'utilise les tests, je suis devenu très humble sur mes impressions cliniques : des angines avec des amygdales épouvantables, dont le test est négatif, et d'autres, d'allure peu inquiétante dont le test est positif m'incitent à une utilisation assez large du test...

 

Monique GRY à BESANCON

Ma décision de faire ou ne pas faire le TDR est prise souvent pendant l'exposition du motif de la consultation, avant d'examiner, (en fait mal de gorge en premier symptôme, pas de toux importante) et je m'y tiens.

Je pratique dans ces cas le TDR une fois fini l'examen, (gorge rouge, blanche, blanche et rouge, rhinorrhée postérieure ou pas);

Ce n’est pas toujours évident d'aller directement au but (ne pas toucher langue ou joues…), mais maintenant je tiens la langue avec une compresse (comme pour les examens au miroir), j'ai l'éclairage par ma lampe spot sur pied.

Le temps de la petite (al)chimie est sympa pour expliquer, discuter et informer des patients déjà sensibilisés, (et ce dernier point est très important), il y a même des gamins qui regardent à la  télé des émissions qui leur ont expliqué ce test, on a l'impression d'être un "bon" docteur, qui fait ce qu'il doit faire en 2004. Le gamin est tout content d'avoir été le « testé » !!

Je rapporte sur mon bureau le présentoir test et peux enregistrer la carte vitale etc.. pendant la réaction, je ne trouve pas que le temps soit un empêcheur de faire le test.
Test positif : AB; test négatif : pas d'AB, (en première intention, car j'ai déjà du modifier mon attitude thérapeutique 3 jours après un TDR négatif, mais devant la persistance de la fièvre à 40° avec dysphagie et augmentation des neutrophiles.

Je trouve la démarche du TDR très  positive, car l'analyse de notre décision thérapeutique est expliquée.

 

Jean Pierre FERRY à AUDINCOURT

Sur le plan technique il n'y a aucune difficulté, seule, peut-être celle de négocier avec un enfant un peu récalcitrant. Pour les parents c'est un bon outil de discussion et la décision qu'il permet de prendre est habituellement comprise. Un test positif justifie un AB.

Ce temps de réalisation du test est un moment intéressant de prévention au sens plus large que la simple prescription d'AB : pendant ce temps on peut évoquer le...temps qu'il fait, son incidence sur les pathologies saisonnières, le tabac, le sport, feuilleter le carnet de santé, parler vaccins …

 

Marie Jeanne MARTIN PETITE, BART

je fais partie de celles qui utilisent le test pratiquement dans chaque angine  du jeune de 4 à 15 ans.. parfois chez l ‘adulte jeune. Les enfants, en général, ne posent pas de problème ; si c'est vraiment "un opposant" , je n’en fais pas et m'en tiens au score clinique.

 Il n'y a pas de problème  de réalisation technique . Pour ne pas perdre de temps, il vaut mieux regarder la gorge en premier, ce que je faisais toujours en dernier avant. Pas de problèmes d'acceptation pour les parents .. ils sont très contents de voir que la décision de mettre des AB est pesée et argumentée "de visu" ; surtout aussi quand c'est négatif .. c'est plus facile d'expliquer que ce n'est pas nécessaire.

 

Françoise GAYET à BESANCON

J'utilise beaucoup les TDR. Bizarrement peu chez les enfants, je n'ai sans doute pas eu l'occasion de voir de belles angines chez eux ces temps-ci ! Je fais souvent participer les gens au test, en leur faisant "touiller" le mélange. J'ai l'impression de trouver des tests positifs par « vagues ». .

Je donne des antibiotiques quand le test est positif, et pas quand il est négatif. J'aime beaucoup faire ces tests, car ça fait "médecin scientifique", rôle que je ne joue pas beaucoup habituellement...Et les gens acceptent bien de ne pas prendre d'antibiotiques quand le test est négatif.

Je n'en fait pas quand il y a des signes de "virus" : rhinite ou toux sèche associées, sauf quand il n'y a pas beaucoup de fièvre.

 

 

Marc BOSMENT à BELFORT

 

du 28/10/03 au 23/10/04 : 105 tests pratiqués

je n'ai pas pratiqué de test en dessous de 3 ans

quand ?: angine quelle qu'elle soit ou mal de gorge avec atteinte pharyngée diffuse notamment periamygdalienne

protocole : toujours notation avant le test de l'avis sur la prescription ou non après le seul examen clinique

résultats :

- 25 fois le test est négatif alors que cliniquement j'aurais mis des AB...mais prescription 6 fois d'AB car 3 phlegmons à 2 jours et 3 fois pathologie intriquée nécessitant des AB. A signaler le dernier cas avant hier de test - avec clinique + : et ce jour MNI confirméé !

- 12 tests positifs contredisant l'examen clinique ( surtout des pharyngites importantes sans atteinte amygdalienne)

- 14 tests positifs allant dans le même sens que la clinique ( dont 2 scarlatines)

- il reste les cas où je n'aurais pas mis d'AB à priori et où le test a été négatif

-par ailleurs chaque fois que test + j'ai mis des AB

Il n'y a jamais eu de problème d'acceptabilité du test en lui-même ni des "conséquences" de son résultat ( AB ou pas AB)

 

 

Joël PETITE à BART

J'utilise les tests angine dans des situations de doute quant à la présence
du streptocoque, mais je dois reconnaître que les scores cliniques de décision
m'incitent quelquefois a ne pas faire de test, peut-être à tord dans certain
cas ?

Score clinique :
- fièvre >38°C,
- présence d'exsudat,
- d'adénopathies cervicales douloureuses,
- absence de toux.
Chaque item vaut un point, soit un score de 0 à 4. Mac Isaac propose +1 si
âge <15 ans et -1 si > 45 ans, soit score de -1 à + 5. La sensibilité de ces scores est au mieux (en cas de score à 4 ou 5) de 51 à 56% tous âges confondus et de 70 à 75% chez l'enfant. Ce niveau de performance est jugé insuffisant pour étayer une stratégie thérapeutique. Par contre, les patients ayant un score de Mac Isaac < 2 ont au maximum (score à 1) une probabilité d'infection à SBHA de 5%. Un tel score, notamment chez l'adulte, permet de décider de ne pas faire le test et de ne pas prescrire d'antibiotique.

L'aspect de la gorge n'est pas prédictif de l'angine à SGA ; elle peut être
en effet érythémateuse, érythémato-pultacée voire unilatérale érosive. Le purpura du voile est un signe en faveur du streptocoque.
 

Pascal JORDAN à VESOUL

Le TDR est pour moi un outil, un outil bien utile comme on en dispose trop peu en médecine générale.

Au départ comme beaucoup de mes confrères, je l’ai utilisé dans toutes les angines, pour m’approprier la technique et ses résultats, et maintenant je l’utilise dans ma démarche décisionnelle,( peut être pour ajouter un peu de rationnel dans mon exercice quotidien)… 

Les scores cliniques sont bien utiles mais parfois pris en défaut en particulier en raison du contexte clinique ou environnemental. Le TDR ne reste lui aussi qu’un outil qui peut avoir ses faux positifs ou négatifs.

J’utilise le TDR quand j’ai un doute sur une prescription d’antibiotique : le cas typique est celui d’un enfant de 8 ans avec fièvre à 38,5, gorge très rouge sans rhino ni toux…

Sans fièvre, avec gorge rouge isolée, nez qui coule sauf cas particulier je ne donne pas d’antibiotique donc je ne fais pas de test.

Enfant de 8 ans fièvre à 39.5 ganglion cervical sensible, angine erythémato-pultacée, je mets des antibiotiques, donc pas de test.

Le test peut être utile quand la demande des parents est l’opposée de mes conclusions : ils demandent un AB quand je n’en mettrais pas, ou l’inverse, ils refusent un AB quand il me semblerait indispensable…( bien entendu j’accepte alors de modifier ma décision suivant les résultats).

Il reste tout de même des cas douteux et difficiles dans lesquels, dans un contexte social favorable, la prescription différée d’antibiotique peut être très utile.

Les enfants et parents acceptent bien les TDR, ils ne sont pas étonnés surtout quand on leur explique l’intérêt pour le traitement.